Livre d'or (formulaire nouvel avis en bas de page)

un nouvel ami

Depuis la maternelle, j'avais noté que ma fille Mariska tenait son crayon en l'enveloppant avec la phalange moyenne, la phalange distale recouvrant les autres doigts, tandis qu'elle crispait l'extrémité de son index et de son majeur sur le crayon. Comme je ne trouvais pas cette tenue très détendue, je m'en ouvrais à son enseignante. Celle-ci me répondait de ne pas m'en faire et que "ça allait se mettre en place".
Par la suite, comme je le supposais, ça ne s'est jamais "mis en place" et Mariska a continué à écrire de la sorte mais, pour autant, n'en semblait pas incommodée dans l'apprentissage de l'écriture.
Plus tard vers 9 ans, à l'occasion d'un test, une psychologue relevait cette tenue du crayon peu orthodoxe et nous demandait si cela posait un problème à Mariska. Il semblait toujours que non mais je lui faisais part de mes premiers doutes et de ma crainte que cette crispation des doigts devienne une gêne plus tard dans la prise de notes rapide et abondante. La psychologue nous parlait pour la première fois de la graphopédagogie.
A la rentrée du CE 2 ou du CM 1, elle avait ressenti du découragement. Elle trouvait qu'elle écrivait mal et une camarade de classe s'était moquée d'elle. Je lui ai démontré qu'elle n'écrivait pas "mal" mais qu'elle écrivait trop vite et qu'en prenant le temps de former ses lettres comme elle avait appris, son écriture était tout à fait correcte. Après quelques lignes d'écriture, elle prenait conscience qu'elle était parfaitement capable d'écrire joliment. Je lui expliquais que la vitesse viendrait après.
Comme je restais attentif à sa façon d'écrire, et notamment la persistance de cette crispation autour du crayon, je notais également que son dos s'arrondissait de plus en plus quand elle écrivait et que la tête se rapprochait de plus en plus de la table en regardant sa feuille de biais. Nous avons discuté ensemble de cette tenue de crayon et de sa posture. Il me paraissait évident que l’injonction «tiens-toi droit" ne sert à rien si elle ne s'inscrit pas dans un processus de ré-apprentissage global. Nous avions tenté aussi d'utiliser un stylo doté de guide-doigts, mais le stylo était trop épais et devenait vite inconfortable.
A la veille de son entrée en 6e, si elle écrivait convenablement et lisiblement, c'était elle maintenant qui pressentait des difficultés à venir dans ses prises de note et demandait que nous y remédiions. Elle n’avait pas oublié qu’on nous avait parlé de la graphopédagogie.
Mariska a adoré travailler avec Mme Aboukrat qui a su tout de suite la mettre en confiance et l’encourager sans la juger. On voit très vite que la technique est éprouvée. Nous avons passé en revue tous les fondamentaux, posture, hauteur de table, choix puis tenue du stylo, position de la main qui n’écrit pas... Rien n’est laissé au hasard et Mariska a bénéficié de conseils que l’école néglige trop souvent de dispenser. Les exercices lui ont paru très ludiques et elle s’est appliquée à les reproduire quotidiennement à la maison sous l’attention de sa maman ou son papa. Car les parents ont un rôle actif dans ce ré-apprentissage. En quelques séances, Mariska a acquis les clés pour maîtriser la tenue de son nouvel ami le stylo-plume, et améliorer les détails de sa calligraphie. Elle doit encore travailler un peu sa vitesse mais forte des conseils de madame Abroukat, je ne doute pas qu’elle y parvienne.
La réussite de madame Aboukrat ne vient pas que de son expérience de maman et d’enseignante. Elle vient surtout du fait que, pour elle, rien n’est acquis et qu’elle questionne en permanence sa propre pratique. Et plus que tout, sa pratique est servie par une remarquable qualité d’écoute : elle écoute l’enfant mais elle entend aussi les parents.

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